Cet événement a confirmé l’intérêt et les besoins autour de ce sujet de santé publique, rassemblant 450 participants (150 places en présentiel et 300 places en distanciel. Une mobilisation qui a réuni des profils variés, majoritairement des professionnels et étudiants de santé exerçant dans des structures sanitaires, médico-sociales ou en libéral : psychiatres, psychologues, infirmiers, psychomotriciens, mais aussi personnel de gendarmerie, juristes et éducateurs. Une diversité témoignant d’une conviction partagée : mieux repérer les patients souffrant de psychotraumatisme pour les orienter vers la prise en charge et le protocole thérapeutique les plus adaptés.
La journée a alterné conférences, retours d’expérience, échanges de pratiques interprofessionnels et interventions d’experts. Trois temps forts ont structuré les échanges : le lien entre traumas et mémoire selon les âges de la vie, les caractérisations de l’amnésie post-traumatique, ainsi que les pistes de prise en charge et de nouveaux protocoles.
Des apports sur la mémoire traumatique à tous les âges
Parmi les enseignements marquants, les interventions ont souligné le rôle du sommeil dans la consolidation mnésique et la restructuration des souvenirs après un événement traumatique, dès l’enfance et l’adolescence. Elles ont aussi mis en lumière l’impact possible des symptômes post-traumatiques sur certaines fonctions cognitives, notamment chez les enfants et adolescents exposés à des événements majeurs, et l’importance d’une prise en charge précoce.
Les échanges ont également montré que les souvenirs traumatiques peuvent persister durant toute la vie ou ressurgir tardivement, parfois à l’occasion d’événements contemporains venant réactiver des expériences anciennes.
Mieux comprendre l’amnésie dissociative et faire évoluer les pratiques
Une autre séquence a porté sur l’amnésie dissociative. Les interventions ont éclairé les mécanismes de ce phénomène, sa fréquence chez certaines victimes et les controverses scientifiques qui ont longtemps entouré ce concept. Elles ont rappelé l’importance d’entendre les victimes et de mieux comprendre les récupérations tardives de souvenirs à la lumière du psychotraumatisme.
Nouvelles pistes de prise en charge
La journée a aussi permis de présenter plusieurs pistes de prévention et de soins : prévention du trouble de stress post-traumatique en contexte d’accouchement, thérapie d’exposition par l’écriture, ou encore exemple de prise en charge pluridisciplinaire d’une situation complexe. Autant d’approches qui illustrent le potentiel des coopérations entre professionnels et l’intérêt des Centres régionaux de psychotraumatisme (CRP) dans l’accompagnement des patients.
« Apporter une prise en charge adaptée et spécialisée, et à tout âge de la vie, aux victimes de violences, d’actes terroristes, ou de tout autre évènement traumatisant constitue un véritable enjeu de santé publique. Depuis 2019, l’ARS Grand Est soutient pleinement le Centre Régional du Psychotraumatisme et ses cinq centres territoriaux. Leur création a marqué une étape décisive : elle a mis en lumière, plus que jamais, l’ampleur des besoins en matière de prise en charge du psychotraumatisme, comme en témoigne l’augmentation continue ces dernières années du nombre de demandes de consultations », Laurent Dal Mas, directeur de la Santé publique à l’ARS Grand Est.
Renforcement de la dynamique régionale autour de la prise charge du psychotraumatisme
Cette journée régionale visait à renforcer l’animation et la dynamique régionales autour de la prise en charge du psychotraumatisme, en consolidant la coordination entre les acteurs concernés et en rappelant le rôle central du Centre régional et des cinq centres territoriaux. Elle avait aussi pour objectif de développer les compétences des professionnels afin d’améliorer le repérage du trouble de stress post-traumatique, de prévenir ses effets et de renforcer la qualité de l’accompagnement sanitaire, social et juridique, pour proposer à chaque personne confrontée à un événement traumatique le soin le plus adapté.
Quels sont aujourd’hui les principaux enjeux en matière de prise en charge du psychotraumatisme en région Grand Est ?
« Dans la région Grand Est, comme à l’échelle du territoire national, les Centres Régionaux du Psychotraumatisme font face à un afflux de patient croissant depuis leur création, et notamment au cours des trois dernières années. Toutes les recommandations internationales s’accordent à dire que les psychothérapies des psychotraumatismes sont l’indication prioritaire dans ces situations. Ces psychothérapies durent en moyenne 8 à 15 séances dans les situations sans comorbidités psychiatriques, mais peuvent s’étirer jusqu’à 45+ séances dans les cas complexes. Ces thérapies connaissent également des taux d’abandons, évalués à environ 25% (une personne sur quatre). Pour faire face à ces besoins croissants et ces limites, le CRP Grand Est est un acteur central pour renforcer l’offre de soins et de formation, en permettant à de plus en plus de professionnels d’être formés aux psychothérapies du psychotraumatisme. Il développe également des approches très brèves, comme la thérapie d’exposition par l’écriture. Enfin, le CRP Grand Est souhaite implanter sur le territoire un hôpital de jour intensif, sur un modèle ayant fait ses preuves pour améliorer l’efficacité thérapeutique, y compris pour des cas complexes/résistants ».
Cette journée était consacrée au thème “Trauma et mémoire”. Pourquoi ce sujet est-il particulièrement important aujourd’hui dans le champ du psychotraumatisme ?
« Nous avons souhaité répondre aux grandes questions qui se posent aux chercheurs et aux cliniciens concernant les liens entre la mémoire et les traumatismes. Nous constatons aux quotidiens ces liens chez les patients que nous recevons au sein des CRP, et ces constats sont faits par les professionnels de santé, du médico-social et du domaine juridique. Nos patients font face à des souvenirs intrusifs, dans la journée ou sous forme de cauchemars. Ces intrusions mnésiques sont involontaires, soudaines, comportent de nombreux éléments sensoriels. Cela montre bien la particularité des événements traumatiques, dont la mémorisation est partielle, incomplète, et accompagnée des sensations de danger ou des émotions négatives ressenties au cours de l’événement ou après (peur, honte, dégoût…). D’autres fois, les patients décrivent bien les éléments manquants à ces souvenirs, qui peuvent avoir été absents pendant des années – on parle alors d’amnésie dissociative. Comment expliquer ce phénomène aux patients ? Comment les expliquer ? Répondre à ces enjeux est crucial pour mieux accompagner les patients dans leur reconstruction, puisque notre mémoire est aussi porteuse de notre identité, et l’intégration de souvenirs traumatiques dans notre histoire de vie, leur « classement » efficace parmi nos souvenirs, est un facteur clé de la rémission ».
En quoi ces temps de rencontres et d’échanges entre professionnels sont-ils importants pour améliorer la prise en charge des personnes confrontées à un psychotraumatisme ?
« Notre monde moderne fait d’hypercommunication numérique est parfois composé de paradoxes où chaque professionnel peut se retrouver isolé dans sa pratique, peu en lien avec ses pairs. Nous avons voulu redonner du vivant dans les échanges entre professionnels, leur permettre de se rencontrer, de s’écouter, de comprendre les activités de chacun. Nous savons d’expérience que ces rencontres « en vrai » sont un facteur de soutien des professionnels, confrontés à des situations émotionnellement lourdes au quotidien, et un facteur d’amélioration de leurs liens, et donc des parcours de soins pour les patients. Ces temps d’échanges ont eu pour vocation de faire émerger des idées de la part des professionnels présents, que nous colligerons et utiliserons pour faire avancer le CRP Grand Est et le réseau de professionnels du psychotraumatisme en Grand Est ».
Quelles perspectives ou pistes de travail cette journée ouvre-t-elle pour la suite, notamment pour renforcer la prise en charge et la coordination des acteurs sur le territoire ?
« Nous avons sondé les besoins des participants en formation et allons faire évoluer notre offre de formation en fonction de ces retours. Nous renforcerons notamment les formations aux psychothérapies comme la thérapie par répétition d’imagerie mentale (RIM) ou la thérapie d’exposition écrite (WET – Written exposure therapy). Nous ouvrirons prochainement la discussion pour créer un réseau associatif de professionnels du psychotraumatisme sur le territoire ».






