Journée mondiale de prévention du suicide : le point sur les actions menées en Grand Est

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La Journée mondiale de la prévention du suicide a pour but de sensibiliser le grand public à l’ampleur du problème et aux façons de le prévenir.

La France présente l'un des taux de suicide les plus élevés d’Europe avec environ 9000 décès par an.

Le Grand Est touché par ce problème majeur de santé publique a mis en place une stratégie de prévention avec une feuille de route en santé mentale.
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La France métropolitaine présente un des taux de suicide les plus élevés d’Europe avec environ 9 000 décès par suicide par an. Les tentatives de suicides entraînent 200 000 passages aux urgences par an et 75% des récidives ont lieu dans les 6 mois suivant une première tentative. Pour chaque décès par suicide, ce sont 7 personnes qui sont significativement impactées et 26 personnes endeuillées.
Il s'agit donc d'un problème majeur de santé publique, qui peut cependant faire l’objet d’une stratégie de prévention.

Le Grand Est, une région aux fortes disparités départementales

La région Grand Est présentait en 2015 un taux de mortalité par suicide comparable au taux national (16.5 pour 100 000 habitants). Néanmoins, de fortes disparités départementales apparaissent : les Vosges et la Haute Marne enregistrent les taux les plus élevés de la région, avec respectivement 23.7 et 23.6 décès par suicide pour 100 000 habitants contre 11.7 dans le département du Bas-Rhin.

Ainsi, en région Grand Est, on comptabilise en moyenne 1 décès par suicide toutes les 12 heures, un passage aux urgences et une hospitalisation complète toutes les 80 minutes. En 2017, un habitant de la région sur 20 déclarait avoir eu des pensées suicidaires au cours de l’année écoulée, ce qui représentait plus de 190 000 personnes.

La feuille de route de la santé mentale et de la psychiatrie publiée en juin 2018 puis l’instruction du 10 septembre 2019 présentent la stratégie nationale multimodale de prévention du suicide.

L’ARS Grand Est décline cette stratégie en région (parcours" Santé mentale") avec l’appui des professionnels de terrain. 

BSP SpF Conduites suicidaires en Grand Est-02.2019

Extraits du Bulletin de santé publique (BSP) Grand Est. Février 2019 - Santé publique France

● Avec 811 décès par suicide en 2015 (dont 77,6% d’hommes), la région Grand Est présentait un taux de mortalité par suicide (16,5 pour 100 000 habitants) comparable au taux national. On y observait néanmoins de fortes disparités départementales ; les Vosges et la Haute-Marne enregistrant les taux les plus élevés de la région, avec respectivement 23,7 et 23,6 décès par suicide pour 100 000 habitants contre 11,7 dans le département du Bas-Rhin.

● En 2017, le taux régional d’hospitalisation pour tentative de suicide s’élevait à près de 136 hospitalisations pour 100 000 habitants et était comparable au taux national. C’était chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans qu’il était le plus élevé, ainsi que dans les départements des Vosges et de la Haute-Marne avec respectivement 250,6 et 222,1 hospitalisations pour 100 000 habitants. Inversement, la situation apparaissait beaucoup plus favorable dans les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin (66,1 et 67,0 hospitalisations pour 100 000 habitants).

● En 2017, la région Grand Est a enregistré 6 522 passages aux urgences pour tentative de suicide, dont 62,5 % de femmes. Plus de neuf passages sur 10 (94 %) résultaient d’une auto-intoxication médicamenteuse. Sur l’ensemble de la région, 8,6 % des patients passés aux urgences pour tentative de suicide en 2017 ont réitéré leur geste au moins une fois dans les six mois suivant le premier passage. C’était dans les Vosges que ce taux était le plus élevé.

● Selon les baromètres de Santé publique France, on observait une augmentation de la prévalence des tentatives de suicide déclarées depuis 2005. En 2017, près d’un habitant du Grand Est sur 12 (8,1%) déclarait avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de la vie, alors que cette proportion n’était que de un sur 20 en 2005. La fréquence des tentatives de suicide déclarées au cours de la vie était plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Enfin, en 2017, un habitant de la région Grand Est sur 20 (4,9 %) déclaraient avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois.

Les études confirment qu’un antécédent de tentative de suicide est le facteur de risque le plus important : il multiplie par 4 le risque de suicide ultérieur. Ce risque est multiplié par 20 dans l’année qui suit la tentative.

Les travaux expérimentaux démontrent donc que le cœur de la stratégie doit être basé sur l’organisation d’un suivi et d’un maintien du contact avec les suicidant après leur hospitalisation, au plus près de leur lieu de vie.

VigilanS est un dispositif qui consiste à assurer un recontact systématique et une veille autour des patients pris en charge par un service d’urgence ou hospitalisés à la suite d’une tentative de suicide (TS).

Il permet ainsi aux patients, à leur sortie de l’hôpital, de rester en contact avec les membres d’une cellule de veille, constituée de Vigilanseurs, qui les accompagnent, les écoutent, les soutiennent et gèrent, en lien avec les équipes de soins de proximité une éventuelle récidive de crise suicidaire. La cellule de recontact qui assure un suivi des patients sur une période d’au moins six mois et s’appuie sur les  centres partenaires qui assurent l’inclusion des patients dans le dispositif.

VigilanS n’est pas un dispositif alternatif ou qui se substitue au parcours de soin habituel mais un dispositif qui vient en complément de ce dernier.

Le déploiement de VigilanS en Grand Est

VigilanS Grand Est (Logo)

Dès 2015, le Centre Psychothérapeutique de Nancy (CPN) a initié la mise en œuvre de ce dispositif en Lorraine.

Dès 2018, une extension sur le territoire lorrain avait été envisagée en partenariat avec l’ARS.

En 2020, avec l’appui de l’ARS, le dispositif s’étend à la région Grand Est avec l’implantation de deux nouveaux centres VigilanS : à Strasbourg et Reims.

Le 17 septembre 2020, le centre de Reims commencera ses visites et les inclusions. Dans un premier temps, le dispositif concernera une partie de la Marne avec un déploiement progressif vers l’ensemble des 4 départements champardennais. 

La coordination de ce dispositif a été confiée par l’ARS Grand Est au Centre Psychothérapeutique de Nancy.

En région Grand Est, le déploiement de la formation actualisée au repérage, à l’évaluation et à l’intervention de crise suicidaire répond à l’objectif N°6 de la feuille de route nationale « Santé mentale et psychiatrie » qui prévoit de mettre à disposition des ARS un ensemble d’actions intégrées de prévention du suicide.

Il est notamment prévu de proposer aux professionnels au contact des personnes à risque suicidaire une formation actualisée.

Le projet de déploiement des formations « prévention suicide » du Groupement d’Etudes et de Prévention du Suicide (GEPS) répond à cet objectif.

Le GEPS, missionné par la Direction Générale de la Santé (DGS), forme des formateurs nationaux et met à disposition les outils et supports de formation en prévention de la crise suicidaire.

En région Grand Est, trois formateurs nationaux ont été formés par le GEPS :

  • Mme le Dr Pichene – Psychiatre au CPN
  • Mme le Dr Ligier – Pédopsychiatre au CPN
  • Monsieur Badoc – Directeur du SEPIA du Haut-Rhin (association Suicide Ecoute Prévention Intervention auprès des Adolescents, implantée à Colmar et Mulhouse).

Ces formateurs nationaux vont à leur tout pouvoir former des formateurs régionaux en Grand Est.

Ces formateurs régionaux pourront, à l’issue de la validation de leur formation, former  trois grandes catégories de personnes :

  1. des intervenants de crise, pour prendre ne charge les personnes en risque suicidaires
  2. des évaluateurs qui seront à même d’évaluer le risque suicidaire des personnes, et le des orienter dans le système de soins
  3. des sentinelles, à même de repérer et d’orienter les personnes en souffrances.

Ces trois rôles et trois fonctions permettront la création d’un réseau de repérage, d’évaluation et d’intervention.

Le contenu de la formation en prévention du suicide est adapté à chacun des rôles, compétences et responsabilités des différents intervenants.

Les formations vont se déployer de façon graduelle sur le territoire Grand Est.

Ce programme de formation des étudiants aux premiers secours en santé mentale déployé au sein de l’Université de Lorraine depuis 2019 permet d’intervenir facilement et de façon proactive, devant toute situation nécessitant des secours en santé mentale.

Université de Lorraine (Logo)

Il s’adresse aux étudiants dans une logique d’aide par les pairs.

La formation aux premiers secours en santé mentale vise à repérer les troubles psychiques ou les signes précurseurs de crise afin d’intervenir précocement, sur le modèle des « gestes qui sauvent ».

Enseigner aux étudiants des notions de santé mentale favorisera donc le recours précoce aux soins et contribuera à la déstigmatisation des troubles mentaux chez les étudiants et dans la population générale.

Ce dispositif expérimental « Ecout’émoi » concerne les Ardennes, la Meuse, les Vosges, et le territoire de Mulhouse. 

Dispositif EcoutEmoi (Logo)

Il vise à mieux repérer les jeunes de 11 à 21 ans présentant des signes de souffrance psychique pour leur proposer une prise en charge adaptée et facilitée. Il prévoit une consultation médicale d’évaluation et la prescription d’un forfait de prise en charge auprès d’un psychologue libéral (sur la base d’un forfait de 12 séances pour le jeune et/ou les titulaires de l’autorité parentale).

Le renforcement de la formation en santé mentale, pour les professionnels, et l’inclusion dans un parcours de soins, pour les jeunes sont coordonnés par les Maisons des Adolescents (MDA)

Comment fonctionne le dispositif Écout’Émoi ?

Le parcours du jeune se déroule en plusieurs étapes  :

  • Information sur la santé mentale, dans les lieux de vie des jeunes, auprès des acteurs de première ligne, des jeunes et de leurs familles,
  • Repérage des jeunes présentant des signes de souffrance psychique et orientation vers un médecin évaluateur,
  • Évaluation de la situation globale du jeune par le médecin évaluateur,
  • En cas de mal être ou de souffrance psychique, le médecin évaluateur prescrit un forfait de 12 consultations psychologiques en libéral, sans reste à charge pour le patient (le consentement du jeune et des titulaires de l’autorité parentale pour les mineurs est indispensable),
  • En cas de situations plus complexes, de besoin d’un complément d’évaluation ou d’une prise en charge spécialisée, le jeune est adressé par le médecin évaluateur vers les Maisons des adolescents, les psychiatres ou, le cas échéant, les urgences.

Vous vous sentez concernés par le suicide ? Où vous adresser ?

Si vous, ou l'un de vos proches, vous sentez concernés par le suicide, ou si vous éprouvez un mal être psychiquen avec des idées suicidaires ou non, nous vous recommandons de prendre contact avec votre médecin traitant, le Centre Médico Psychologique (CMP) de votre secteur, en contactant l’hôpital psychiatrique le plus proche ou encore un cabinet de psychiatre ou de psychologue libéral.

Si la situation vous parait urgente, vous pouvez vous rendre au service des urgences de votre hôpital de proximité.

Vous trouverez des informations générales sur le thème du suicide, sur le site du PSYCOM, un organisme public d'information et de lutte contre la stigmatisation en santé mentale : http://www.psycom.org/Troubles-psychiques/Risque-suicidaire#aide