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Inclusion des personnes en situation de handicap : enjeux et perspectives autour de l’habitat et du logement dans le Grand Est

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Inclusion handicap
L’habitat inclusif constitue une offre alternative au logement autonome « ordinaire » ou à l’accueil en établissement pour les personnes en situation de handicap. Le point sur les actions mises en œuvre et la mobilisation en région Grand Est.
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L’habitat inclusif offre la possibilité aux personnes majeures reconnues en situation de handicap par la CDAPH, de vivre en autonomie conformément à leur souhait, tout en bénéficiant, selon leurs besoins, de services d’aide à la personne et/ou d’aide à domicile.

Développer l’habitat inclusif : une priorité du Projet régional de santé Grand Est

L’ARS souhaite faciliter l’organisation de parcours adaptés aux besoins d’accompagnement et de soins des personnes en situation de handicap dans une logique inclusive.

Il s’agit : 

  • de permettre le maintien au domicile ou milieu ordinaire avec un accompagnement adapté ;
  • de faciliter l’accès/l’intervention des dispositifs de droit commun tout en conservant l’accès aux dispositifs spécialisés dédiés dès lors que le milieu ordinaire n’est pas ou plus adapté : habitat inclusif, soutien des aidants, scolarisation ou emploi en milieu ordinaire ;
  • de faire évoluer l’offre d’accompagnement vers :
    • une logique de « prestations » en réponses à des besoins souvent complexes,
    • une réponse à la logique d’un parcours global et coordonné entre les acteurs des différents secteurs ( prévention, social, médico-social, sanitaire, scolaire, emploi).

    « Un projet habitat inclusif par département » : le soutien financier de l’ARS aux initiatives des territoires

    L’Agence régionale de santé Grand Est soutient financièrement les initiatives d’habitat inclusif dès lors que ces projets permettent de créer un cadre d’accompagnement personnalisé, adapté, évolutif du parcours des personnes en situation de handicap.

    Une démarche visant à expérimenter « Un projet habitat inclusif par département » a été engagée en 2018,  10 projets ont été retenus et soutenus financièrement pour un montant global de 600 000 €, concernant :

    • des femmes seules avec tout type de handicap (Meurthe-et-Moselle),
    • des jeunes ou adultes porteurs de Troubles à Spectre Autiste (Moselle),
    • des personnes avec déficience intellectuelle et handicap psychique (Moselle),
    • des personnes cérébro-lésées (Bas-Rhin et Meuse),
    • des personnes avec un handicap lié au vieillissement, physique, intellectuel ou sensoriel (Marne),
    • des personnes avec déficiences intellectuelles, cognitives, motrices, psychiques, viscérales ou sensorielles (Aube),
    • des personnes avec un handicap psychique stabilisé (Haute-Marne et Bas-Rhin),
    • des personnes avec un handicap mental : retard mental, troubles psychiques (Haut Rhin).

    Les dispositions de la loi relative à l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Elan) vont permettre de soutenir le développement de ces nouvelles formes d’habitats inclusifs.

    Journée régionale habitat inclusif du 30.11.2018
    Journée d'information régionale régionale dédiée à la thématique «  Habitat inclusif et apprentissage de l'autonomie », organisée le 30 novembre 2018 à Mulhouse

    « Habitat inclusif et apprentissage de l'autonomie » : une journée de mobilisation des acteurs du Grand Est

    Une journée d’information régionale dédiée à la thématique «  Habitat inclusif et apprentissage de l'autonomie», organisée le 30 novembre 2018 à Mulhouse par le CREAI Grand Est en lien avec l’ARS Grand Est, la CNSA, la DGCS et Handicap Services Alister, a réuni près de 300 personnes issues d’horizons divers : administrations et collectivités, établissements et services médico-sociaux, associations d’usagers, bailleurs sociaux, services sanitaires…

    Les interventions ont questionné, dans la diversité des modèles qui se développent sur le territoire national et régional, la notion de l’autonomie des personnes en situation de handicap dans et par l’habitat, au travers de retours d’expériences concrets en matière d’habitat inclusif.

    L’ARS poursuit aujourd’hui la dynamique ainsi instaurée avec l’ensemble des acteurs, en particulier les conseils départementaux afin de faire évoluer l’offre médico-sociale pour apporter des réponses plus inclusives, alternatives à une prise en charge en institution des personnes en situation de handicap.

    Photo Philippe Brandenburger

    En tant que Directeur de l’Association des parents et amis d’enfants inadaptés (Apaei) du Sundgau (Haut-Rhin), pouvez-vous nous parler de votre expérience en matière de développement du logement inclusif en faveur des personnes en situation de handicap ?

    Philippe Brandenburger : Si concevoir un projet d’habitat inclusif nous a séduit, c’est bien parce que nous avions identifié une aspiration de nombreuses personnes en situation de handicap accompagnées par l’Association, en particulier des travailleurs d’ESAT, à trouver une solution complémentaire au logement ordinaire, à l’hébergement en institution ou à la vie chez leurs parents.

    Notre réponse au besoin d’accompagnement de nos locataires qui s’avère  indispensable,  s’est concrétisée de 3 manières :

    • l’intervention bénévole,
    • l’intervention par un travailleur social, 
    • le voisin bienveillant.

    Les bénévoles sont des amis de l’association, qui organisent des sorties avec les locataires (bowling, discothèque, restaurant…) et qui au gré des relations d’amitié nouées avec eux , peuvent, si ces derniers le souhaitent, les accompagner sur leur quotidien comme le ferait un ami ou un frère/sœur.

    Le travailleur social, rémunéré par les fonds propres associatifs jusqu’à l’obtention de la subvention ARS, intervient en soirée au sein même des appartements et en individuel. Ses missions sont de travailler avec chaque locataire sur ses besoins particuliers.

    Le voisin bienveillant, quant à lui,  est une initiative irremplaçable !  Nous avons finalement renoncé à louer nos 6 appartements à des personnes en situation de handicap, pour en réserver un pour un locataire que nous qualifierons de « neurotypique », qui aspirait à donner un peu de son temps à ses voisins pas comme les autres… Ce locataire paie son loyer comme tout à chacun, n’est pas rémunéré pour le soutien qu’il apporte aux autres  et se positionne comme « personne ressource » face aux aléas du quotidien : un code wifi que l’on ne retrouve pas, un courrier difficile à comprendre, un radiateur à reprogrammer, une hésitation sur la température pour laver un vêtement, etc….Sa présence rassure, les locataires savent qu’ils peuvent le trouver ou l’appeler en cas de souci. Qui plus est, la présence au sein de l’immeuble d’un locataire qui ne travaille pas à l’ESAT renforce le sentiment d’inclusion des personnes accompagnées.

    La subvention ARS, d’un montant de 60 000 €  (30 000 € sur 2 ans), obtenue en janvier 2018, a permis de changer de dimension en ce qui concerne l’adaptation du soutien apporté aux locataires par rapport à leurs besoins. Elle permet de financer un véritable dispositif comprenant de l’accompagnement de proximité, un temps de psychologue et surtout une coordination de parcours de vie des locataires.

     

    Quelles sont selon vous les conditions de réussite d’une telle démarche ?

    Philippe Brandenburger : L’habitat inclusif est une réponse formidable sans pour autant être universelle. Elle répond à une véritable aspiration à s’autodéterminer dans son quotidien tout en gagnant en autonomie. Elle ne peut avoir vocation à convenir à tous, car l’autonomie ne doit pas imposer la solitude au locataire faute de liens sociaux.

    L’inclusion dans la vie de la Cité passe par une implantation en centre-ville, à proximité de tout, l’emplacement est stratégique !  L’idéal est de vivre à proximité des commerces, du lieu de travail et des services.

    Et pour ceux qui pensent à réaliser un tel projet, quelques petits conseils pratiques, du vécu :

    • investissez dans une domotique performante, comme par exemple des détecteurs de fumée wifi reliés entre eux ;
    • prévoyez des radiateurs intelligents dont la consigne de chauffage est asservie à la détection de présence afin d’aider les locataires à ne pas trop dépenser en chauffage, mais choisissiez une technologie simple à utiliser !
    • prévoyez des réfrigérateurs/congélateurs de (très) grande capacité, une personne en situation de handicap sans voiture a besoin de cet outil !
    • n’investissez pas forcément dans un écran géant pour votre espace de salon commun mais prévoyez une laverie-buanderie commune de belle capacité, elle servira de point de rencontre !
    • et surtout  louez un ou plusieurs  appartements à des personnes qui ne sont pas en situation de handicap : vous contribuerez à faire mixité et donc inclusion, et avec un peu de chance, la solidarité s’installera au sein de votre immeuble pour une société un peu plus belle !

    L’accompagnement doit être envisagé dès la genèse du projet : la PCH peut être envisagée pour les locataires très handicapés mais n’est pas accessible à tous. Je fonde l’espoir que le forfait Habitat Inclusif, dont les conditions restent à préciser, puisse permettre de proposer un accompagnement adapté à chacun.

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